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LE SYMBOLIQUE, L’IMAGINAIRE ET LE REEL

écrire à l'auteur Champ Freudien

LA SYMBOLISATION DE LA CURE PSYCHANALYTIQUE

Le symbolique, l’imaginaire et le réel

A.S. COHEN

Généralement il est reproché à J. LACAN son hermétisme, voire son côté mathématique. Pourtant, il y a dans son enseignement une disposition ludique, voire comique, un trait d’humour.

A l’heure des algorithmes cybernétiques, je vous proposerai un petit exercice de style avec des lettres, tiré d’un texte de J. LACAN : Le symbolique, l’imaginaire et le réel (1953). Ce texte est paru dans le livre « des noms du père » édition du Seuil.

Mettons au tableau la formule mathématique suivante : rS – rI – iI- iR – iS – sS - SI – SR – rR – rS - Et disons avec J. LACAN qu’elle formalise la cure psychanalytique dans ses différentes étapes. CHIC, une cure psychanalytique en algorithmes ! Découpons d’abord d’une manière mathématique, puis littéraire.

Nous avons une suite de symboles deux à deux, qui symbolise une cure, énorme travail de symbolisation de l’analysant dans le transfert avec l’analyste. Il s’agit de déchiffrer pour arriver au nombre 10. Ça commence et ça finit de la même façon par le symbole rS. Il y a S – I – R et s – i – r A lire grand et petit. Grand R et petit r. Sans chercher plus loin à comprendre, comme chacun dirait un tel est grand ou untel est petit ; c’est une histoire de considération. Comme chacun dirait, il s’agit de grandir que le petit s pris encore dans l’imaginaire devient grand S symbole. Ce petit r est intéressant car il a un petit air de résistance. Il s’agit de combiner ces lettres dans un certain ordre : Symbolique, Imaginaire, Réel sS – iI – rR D’emblée c’est le réel qui prime, réel du symbole, réel du transfert. Mais comme le sujet ne sait pas, il donne de petit r… rS - rI

S c’est le Psychanalyste vu du côté de l’analysant, c’est le sujet supposé savoir. C’est le Maître de l’exercice, c’est celui qui sait tout du sujet.

« C’est dans cette perspective que le sujet vient le trouver et qu’il se met dans une certaine posture qui est à peu près celle-ci : C’est vous qui avez ma vérité. Cette posture est complètement illusoire mais c’est la posture typique ».

Il y a déjà là comme un petit air de résistance au transfert vis à vis de ce symbole que représente l’analyste rI : c’est la représentation transférentielle de l’image que le sujet a de l’Analyste et la résistance qui en découle ; grande image, petite résistance dans le réel.

Troisième temps de l’algorithme : iI

J. LACAN parle de capture de l’image. Il écrit : imagination / Image ou plus exactement, le rapport entre l’imagination et l’Image.

Capture par l’image de l’autre, ce qui est le signe de l’amour comme nous le montre l’éthologie, les parades amoureuses des animaux.

Après nous avons dans la même logique combinatoire iR – iS - sS

iR : Le passage de l’imaginaire au réel. C’est la phase de résistance, de transfert négatif ou même à la limite ce qu’il y a du délire dans l’analyse. (Faute de la médiation symbolique).

« Après que se passe t-il ? Si l’issue est bonne, si le sujet n’a pas toutes les dispositions pour être psychotique, auquel cas, il reste au stade iR".

C’est peut-être là où commence dans l‘institution psychiatrique, le traitement psychanalytique des psychoses, s’appuyant sur :

L’écriture du délire, les réunions institutionnelles diverses où sont conviés les psychotiques. Les activités artistiques, la continuité entre le travail intra et le travail extra (psychiatrie de secteur). Les activités diverses (sport, agriculture, …) les espaces transactionnels (cafétéria, réseau associatif).

Une tentative pour le psychotique de franchir cet écueil de défaut de symbolisation. Nous avons parlé alors de greffe symbolique, de remaniement du délire, de médiateur symbolique dans le corps social etc.…

C’est peut-être aussi une façon d’être accepté dans l’univers du psychotique. Je me souviens de la formule d’un psychotique dans le film « La moindre des choses » …. Et maintenant, vous aussi vous êtes entre nous.

Le psychotique vous accepte, il vous a apprivoisé. Vous faites partie de son « Entre nous »… Et, que cela reste entre nous…La délicatesse de la relation, le secret partagé par un clin d’œil ou un sourire, quelque chose d’universel qui peut être gravé sur l’image, mais qui peut lsymboliser une certaine fraternité humaine.

Qui n’a jamais connu cet honneur ou ce bonheur ne mérite pas le nom d’homme ? C’est une bataille essentielle que mène aujourd’hui la psychiatrie pour faire reconnaître sa dimension humaine universelle. Elle passe par l’accueil et la transformation de l’expérience humaine face à la psychose. Le névrosé traverse cette phase de délire dans la cure. C’est dire que le névrosé délire parce qu’il est confronté dans le réel à des images qu’il ne peut encore symboliser. Il délire, il sort des sillons, il invente, recrée, il cherche, il fabule pour avancer vers le rêve. Il passe à l’iS, à l’imagination du symbole qu’est le rêve et à son inverse, le sS qui est la symbolisation de l’image. C’est là où se formule le rêve comme la réalisation d’un désir, et le rêve comme un rébus à déchiffrer, c’est à dire à symboliser.

Résolution de l’énigme du sujet de rêve en rêve. Nous avons là, selon J. LACAN, le franchissement de l’imaginaire dans la séquence : rI –iI – iR -iS

Commence alors l’élucidation du symptôme par l’interprétation sS - SI

Nous avons ensuite le SR

« C’est, non pas comme on le croit, de s’adapter à un réel plus ou moins bien défini ou bien organisé, mais de faire reconnaître sa propre réalité, autrement dit, son propre désir.

Symboliser son désir, c’est le faire reconnaître par les autres.

J. LACAN considère la cure comme une fonction circulaire que le sujet parcourt plusieurs fois. C’est un cercle très particulier avec une double torsion, référence au « huit intérieur » ou « huit inversé ».

iS – sS – rR

iS c’est la partie propre de l’analyse. C’est ce qu’on appelle à tort la communication des inconscients. C’est là où l’analyste repère le jeu de l’analysant.

sS C’est la symbolisation du symbole analyste. Il est important que l’analyste le fasse avec « complétude culture et intelligence ».

C’est pour cela qu’il est important que le psychanalyste ait une formation aussi complète possible sur le plan culturel.

rR c’est la fameuse neutralité bienveillante dont on parle à tort et à travers et qui veut simplement dire que pour un analyste, toutes les réalités sont en somme équivalentes.

L’équivalence : Rien n’a plus de valeur qu’une autre chose, même pas l’analyste. C’est là où se situe le deuil de l’analyste comme un savoir qui serait supérieur, meilleur ou je ne sais quoi… même pire.

Cela donne au psychanalyste sa vertu essentielle d’accueillir toute vérité comme bonne à dire, et pas du tout menaçante pour quiconque.